Prix national de poésie
pour les aînés(es)

Noëlla Deschênes

 

MAIN OUVERTE

Entre ces visages je ne sais qu’être immobile     sans regard
étrangère parmi les étrangères
entre les claquements de porte, de pied frappant l’indifférence
entre ces bruits perceptibles, ces pages d’ombre dans le cercle de mes yeux
laisse-moi me perdre parmi les corps de fatigues brisés
me laissant sur l’envers de la vague aux vents déliés
laisse-moi me perdre pour ne plus nommer les fourmillements au fond de l’orbite.
Parle-moi de cette marée enchevêtrée de ces voix qui me poursuivent
fissure, fêlure, fracture, lézarde, brèche ou faille
de partout j’éclate de moi
j’éclate d’un cri lacérant ma gorge    brûlante
de tous les mots privés de sens qui me consument
quand le jour s’incline vers le bitume il aspire la dernière pluie
mon visage se noie dans leurs fragilités
la nuit est une main ouverte

Noëlla Deschênes, finaliste