Prix national de poésie
pour les aînés(es)

Reine MacDonald

 

Ce matin    je déchire des lambeaux de brumes    des lambeaux sombres    gris
Lambeaux de silence    lambeaux de rage    lambeaux d’abandon
Je déchire des lambeaux de brumes    les tiennes aussi    peut-être    je ne sais plus
Je rampe de toutes mes peurs    affolée    cherchant les mots    les mots perdus
Je rampe    seule    baîllonnée    dans une tranchée boueuse    un couloir étroit
Le silence frappe ma peau    frappe du poing    un poing froid    un poing qu’on craint
Sec    tranchant    comme un coup de lame    un coup de lame en plein cœur
Ce matin    je déchire les tristes brumes    les tiennes aussi    peut-être
J’ai entendu le cri du temps    le temps qui cogne    qui insiste
Qui résonne comme un glas    un cri lourd    un cri de chute brutale
La mienne    la tienne aussi    peut-être    celle des autres qui s’écroulent
Brisés    un direct à l’âme    les yeux vides    en finale de requiem
Puis je les ai vues    j’ai vu les brumes    celles qui font mal    qui piétinent    détruisent
J’ai vu les brumes    s’enfuir    je les ai vues   je les ai vues pâlir    disparaître
Et j’ai retrouvé    la clarté    la lumière    la lumière qui éclate    qui délivre les mots
Les mots vrais    revisités    les mots qui sauvent    qui redisent l’histoire
Alors    j’ai rampé    hors du couloir étroit    loin de la noire désespérance
Et    j’ai couru    respiré    trébuché    je me suis relevée    en plein soleil
J’ai couru   respiré    dans le matin chaud    celui du premier jour     mon jour
Et    le tien aussi    peut-être

Reine MacDonald, 1er Prix