
Communiqué du jury

La poétesse Suzanne Jacob remporte
Le prix Félix-Antoine-Savard de poésie 2007
Trois-Rivières, le 5 septembre 2007 Le jury, composé de madame Rosalie Lessard poétesse, de monsieur Carl Lacharité, poète, et présidé par madame Anne Peyrouse, poétesse, remet le prix Félix-Antoine-Savard-de-Poésie 2007 à Suzanne Jacob pour sa suite poétique intitulée "Ils ont été nombreux à répondre" parue dans le numéro 125 de la revue Estuaire. Mme Jacob recevra un coffret de 100 feuilles de papier Saint-Gilles, une bourse de 250 $ et un certificat d’honneur en hommage au créateur qui lui seront remis le dimanche de la Fête de l'Action de grâce au Centre Félix-Antoine-Savard. De plus, la gagnante participera au Festival International de la Poésie, équivalent à une bourse de 400 $.
« Avouons tout de suite que cette année le jury a été très heureux de voir la belle participation d’un grand nombre de revues à ce prix de poésie et que, à l’unanimité et malgré une qualité indéniable de textes reçus, les mots de Suzanne Jacob se sont imposés par leur nervosité, leur brillance, leur mouvement saccadé toujours poussé plus loin par la curiosité et la quête. Il y a donc eu très peu de délibération et beaucoup d’engouement. Pourtant ces treize poèmes ne sont pas nécessairement faciles à pénétrer, mais combien intrigants et marquants, révélant une tension poétique et dramatique exceptionnelle » a tenu à préciser Mme Anne Peyrouse, présidente du jury.
Une impression kafkaïenne se dégage de l’ensemble de ces poèmes. Ou sont-ce les effets miroirs, les dédoublements, la mixité entre le réel, la fiction et l’ailleurs de Paul Auster? Ce qui est sûr c’est que le monde est trouble et que l’individu semble toujours soutenu par le désir d’atteindre la phrase « qu’on n’aurait pas à creuser /celle qui ne serait pas une tombe à creuser ». Cet individu porte donc son propre « chantier » de vie, soit « des réponses de partout / de tous les siècles derrière nous / et des siècles devant ». Une filiation de « réponses à creuser » comme si le monde devenait une sorte d’archéologie de la réponse.
Il est intéressant de constater l’opposition qu’instaure Suzanne Jacob entre la réponse (assimilée à l’existence et à la mort) et la phrase, qui elle relèverait davantage du Verbe capable de recréer le monde. En attente de cette phrase, on copie, on calque le réel comme s’il fallait tenter désespérément de conserver la mémoire de ce qui est sur le point de disparaître. Copier pour témoigner dans l’espoir que la phrase surgisse enfin. Espoir vain s’il en est un puisque si le Verbe surgissait comme dans la Genèse biblique, personne ne saurait en reconnaître la transparence.
Avec cette suite poétique maillée serrée (pas un mot de trop) sur la résistance du langage, son instabilité, sa fragilité et la défaillance de son pourvoir générateur, on glisse dans un monde de simulacres, où le virtuel subtilise la place du réel :
Quand même j’hésite au seuil des vitres
le linge est vide et la page est perdue
une fenêtre affiche: Tapez une question
Tu dis : tape-moi, moi, ta question
Plus de lieu sûr, même pour l'écrit... Alors qu'avec le Web et l'informatique, le langage est plus fragile que jamais, superficiel à l'écran, effaçable, copiable/collable, éteignable, "coupable" à tout moment...
Ça reste allumé, la situation est stable
[...]
qu’il n’éteigne pas le fil
qu’il n’éteigne par la toile
on viendra à temps
on viendra avec les nouvelles copies
des milliers de nouvelles copies
n’éteins pas la toile
n’éteins ni le fil ni la page
alors imprime, imprime la faute et la fuite
imprime-les chacune, faute et fuite, bien gras.
Ça s’éteint au moment où son tour est peut-être venu de parler
au moment où la phrase serait peut-être prête à naître et à être copiée
Copier pour faire advenir une réalité fuyante.
Copie aussi dans la dimension performative du langage de Jacob avec les vers répétés, les images appuyées, les reprises de tournures syntaxiques, etc., ce qui crée tout un monde obsessionnel, mais jamais fermé sur lui-même, car le «je», le «tu», le «nous», le «ils» se côtoient et désirent rejoindre le chant - le chant du chœur. Se jeter dans la bouche du chœur: « dans ces mots copiés / d’amour, de merci de pardon ».
Le prix Félix-Antoine-Savard de poésie a été créé en octobre 1996 par le Centre Félix-Antoine-Savard et la Papeterie Saint-Gilles de Saint-Joseph-de-la-Rive à l'occasion des fêtes du 100e anniversaire de la naissance du poète (1896-1996). Ce prix est décerné annuellement lors des cérémonies d'ouverture du Festival International de la Poésie. Il vise à honorer, tout en les respectant, la mémoire, l'esprit et l’œuvre poétique de cet écrivain.
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Source : Danielle Cantin
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