Louis-Philippe Hébert
Grand Prix Quebecor du Festival International de la Poésie
Le lauréat est récompensé pour son livre
Le livre des plages
publié aux Éditions les Herbes Rouges
Le recueil primé comporte un langage inventif et ludique, des formes contrastées et un motif central, celui des plages, fréquentées par des enfants, des adolescents et des adultes aux centres d’intérêt diversifiés. C’est l’œuvre d’un poète expérimenté, qui, outre l’univers des plages, connaît très bien celui des mots, des phrases et des rythmes langagiers, en vers comme en prose. Les textes prêtent à sourire par la nostalgie, la solitude et les expériences corporelles qui s’y disent, tout en révélant avec sérieux et tendresse les projections de désirs fugaces et les rêves déçus de chacun. Le livre des plages se présente telle une traversée des paradoxes, profonde et légère comme la vie, hantée par un passé qui ne fait pas écran au présent. Cette œuvre n’est pas facile à situer, et son auteur a beaucoup de courage poétique, tant par son parti pris pour l’Amérique et la simplicité des tableaux présentés, que par le ton intime, qu’il offre en partage à ses lecteurs et lectrices. Simplicité, ouverture à l’autre, passion pour l’Amérique, inventions et libertés sont autant de mérites et de qualités qui ont convaincu le jury de décerner avec chaleur et enthousiasme le Grand Prix Quebecor du Festival International de la Poésie 2008 à Louis-Philippe Hébert pour Le livre des plages.


Nicolas Kurtovitch
Prix International de poésie
Antonio Vicarro
Nicolas Kurthovitch est honoré
pour son oeuvre
À l’instar du poète mexicain Jaime Sabines et du poète québécois Gaston Miron, Nicolas Kurtovitch, de Nouvelle-Calédonie, écrit des poèmes de piéton. Sa poésie est celle de "l’homme-en-marche", de l’homme migrant vers la plénitude de sa définition d’homme. Il s’y applique à suivre les pistes des humains et de la vie, dans sa permanence comme son actualité, pour habiter pleinement la sienne. Ce mouvement, qui préside à sa quête, a séduit les membres du jury du Prix international de poésie Antonio Viccaro, réunis, comme chaque année, au restaurant Aux Trois Canettes, à l’occasion du Marché de la Poésie 2008 de Paris.
Nicolas Kurtovitch est homme de lieux, de routes et de trajets. De ceux qui bruissent de la parole des hommes, mais aussi, surtout peut-être, de leurs silences, partagés ou non, et des questions que renvoie à chacun la présence de l’Autre. Divers segments de philosophies orientales irriguent également cette recherche d’humanité, où il s’agit, par l’écriture, de travailler à être soi parce qu’en cela réside notre seule chance de se faire véritablement présent aux autres. Comme tout art, écrire pour Nicolas Kurtovitch, est de l’ordre du geste d’un homme debout s’efforçant de s’y tenir, simplement. Une telle démarche s’accompagne certes d’une grande solitude, qu’il évoque parfois comme un exil en lui-même. Mais il en assume la condition, tout en portant haut ce sentiment d’amitié dont il sait, qu’avec celui de la beauté, il est de ceux qui nous sauvent de notre propre exil en nous-mêmes. Son écriture est donc tout à la fois acte d’existence et de résistance, traversée par les thématiques croisées de l’enracinement et de l’exil. Un enracinement vécu, un exil pleinement accepté par un poète qui s’efforce de « respirer avec le monde ».
Le jury a également tenu à saluer, par son choix, l’importante contribution de Nicolas Kurtovitch au développement de la littérature calédonienne, via son rôle dans la fondation de l’Association des Écrivains de la Nouvelle-Calédonie et son soutien à de multiples revues de cette grande île du Pacifique austral.
Marcel Labine
Prix Félix-Antoine-Savard
de Poésie 2008
Marcel Labine est récompensé pour l’écriture de deux suites poétiques : la première intitulée « Cadences » parue dans le numéro 116 de la revue Mœbius, et la deuxième intitulée « Cul-de-sac, impasse et lettre T » parue dans le numéro 48 de la revue Exit.
Émergeant de la thématique de la marche, les poèmes de « Cadences » révèlent la « chorégraphie des bras noueux / Des chevilles soudées et qui ne craquent plus » d'un vieillard, jadis homme jeune se rendant à l’usine et « Haletant comme un cheval emballé. » Le lecteur est invité à suivre le levé du corps vieillissant, « Un pas devant l’autre encore et après toujours ». Marcel Labine a réussi, par sa langue précise, par la qualité incroyable de ses adjectifs et son lyrisme toujours contenu, à éviter tous les pièges du pathos. Son ton est d’une remarquable justesse et d’une lucidité imposante.
Geneviève Morin
Prix Piché de Poésie de
l'Université du Québec
à Trois-Rivières
Geneviève Morin reçoit le premier prix du Prix Piché de Poésie pour sa pour sa suite poétique intitulée « Combien d'heures par jour à rester assis sur le lit en attendant de s'envoler ». Le jury a été saisi par le souffle convaincant, sensible et critique de cette voix bien personnelle. Cet éloge de la renaissance possible capte les artefacts de notre « système usagé » en les réintégrant dans la vie plus sereinement afin de recréer l'apaisement de notre « jardin minuscule » originel : « Il y a comme une rage dans l'habitude des choses et des êtres/une colère de ne plus être étonné, engloutit/puis vient le moment de la pure fragilité ». Amples et longs, les vers amorcent avec singularité une réflexion sur l’aventure humaine et amoureuse : « Je nous raconte la fois où tu es mort dans les glaces », « où ton âme s’est levée d’un coup comme un rideau sur scène ». Cette réflexion simple et lucide énonce à la fois l’idée vague de la survie, la douleur et la quête de « signaux de reconnaissances » pour appréhender l’espace du réel autour de soi. Le sens de la composition et de la chute permettent aux images simples de côtoyer des images plus insolites : « soudain tu tires à toi toutes les couvertures / tu t’éloignes avec le sourire insolite du nageur ».
Prix Piché de Poésie de
l'Université du Québec
à Trois-Rivières
Le jury accorde le deuxième Prix Piché de Poésie pour sa suite poétique intitulée « Les pieds à contre-courant ». Ce texte a retenu l'attention du jury pour la force apaisante de sa simplicité si parlante. Intimistes, les poèmes d’Odile-Marie Tremblay abordent le réel en s’approchant tout près des choses et de la nature. Cette suite achevée offre de belles formules qui évoquent un univers enveloppant et retenu : « Une rue sans mensonge/Où les soirs/Ressuscitent les pianos aux doigts des femmes ». La simplicité de la composition permet les interrogations sur le monde, sur soi, sur la relation amoureuse. Le lecteur est parfois porté par une réflexion qui veut s’approcher de la douleur : « Je trompe ton regard aux bras des glaciers/Et je prends la route des naufrages », mais aussi de la grâce : « La nuit s’échappe/De la roseraie/Comme un oiseau d’un hamac ». Une belle élévation poétique où les jongleries accompagnent des tendresses sans nom : « Mes paupières baissées/Retiennent le soleil/Une odeur perce le mur du temps ».
Yolande Villemaire
Prix Gatien Lapointe - Jaime Sabines
de Poésie
Le jury mexicain honore Yolande Villemaire pour l'originalité de son regard sur le monde, l’expression épurée de son écriture et la grande fidélité de son cheminement dans le monde des mythes.
Désireux de consolider et bonifier leurs relations littéraires bilatérales annuelles, le Seminario de Cultura Mexicana et le Festival International de la Poésie conviennent de créer en 2003 et de gérer ensemble un prix annuel de poésie qui est remis à un poète vivant dans l'un et l'autre pays. Ce prix est remis les années impairs à un poète mexicain (jury québécois) ayant été traduit en français au cours des trois années précédentes, et les années pairs, à un poète québécois, déjà traduit en espagnol au cours de la même période de temps (par un jury mexicain).
Nancy Allaire
Prix d’Innovation
en enseignement de la Poésie
Créé à l’automne 2007, par le Festival International de la Poésie (FIP) et l’Association québécoise des professeurs de français (AQPF), ce nouveau prix vise à reconnaître, faire connaître et favoriser l'innovation, le renouvellement, la convivialité et l’interactivité des approches en enseignement de la poésie québécoise. Une bourse de 1000 $ sera remise, pour la première fois, à Nancy Allaire, professeure au Collège Marie-de-l’Incarnation de Trois-Rivières, lors de l'ouverture officielle du 24e Festival International de la Poésie le 3 octobre 2008 à la Maison de la culture.
Fraîcheur, rythme, diversité des approches structurées, motivation et souci constant que les élèves soient interpellés par la poésie : voilà donc 5 bonnes raisons qui font de Nancy Allaire la première lauréate du Prix Innovation en enseignement de la Poésie.
Mme Allaire fait entrer les élèves dans le monde de la poésie du Québec par plusieurs portes : la chanson, la lecture de poèmes, la rencontre d'auteurs, l'écriture spontanée. : « Dès les premières lignes, je me suis dit que j'aurais aimé entreprendre ce projet en classe. La présentation est dynamique, presque joyeuse, et remplie d'un espoir pédagogique. Les activités y sont signifiantes » précise Godelieve de Koninck, présidente du jury.
En plus de Mme de Koninck, le jury était composé d’Arlette Pilotte pour l’AQPF et de Gaston Bellemare pour le FIP. Le jury a également tenu à souligner la rigueur que Diane Boudreau (2e prix), professeure à Saint-Jean-sur-Richelieu, met dans le processus d’acquisition des connaissances chez les étudiants de même que son souci de révision et de correction des textes de ces derniers. Mme Boudreau recevra une bourse de 500 $ lors de l’ouverture du Festival. De son côté, l’AQPF honorera les récipiendaires du Prix lors de son congrès annuel en novembre 2008.




